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Procès 2007, procès en appel 2009
Deux verdicts différents pour Antoine, à priori sans élément nouveau puisque sans réouverture d'enquête.  Pourquoi?

La demande de peine de 20 ans de réclusion contre Antoine , identique à celle de 2007, aurait pu aboutir au même verdict... Le schéma criminel proposé par l'Avocat de la Partie Civile en 2009 est le même qu'en 2007, l’Avocat Général reprend presque mot pour mot son réquisitoire de l'année précédente ... On y retrouve les mêmes distorsions, les mêmes contre-vérités, les mêmes postulats ... Deux exemples: le coupable ne peut pas être un militaire séjournant à l'IGESA, car, "comment  imaginer un militaire monter au rocher avec une bouteille d'alcool à brûler dans les poches de son bermuda" ? Un autre :  Mika serait montée  au jour déclinant sur le Rocher avec un  Antoine séducteur et beau gosse qui l'a mise en confiance, ce même Antoine dont le look de l'époque est si peu engageant, photo à l'appui, qui est  saoul de la veille et a fumé un certain nombre de joints ... Toutes ces énormités, l'année dernière,  n'avaient pas suffi pour discréditer les affirmations avancées par l'Accusation. Il  est vrai que deux effets d'audience en 2007 avaient eu un impact indiscutable: le tee-shirt et la bague.

En 2007, il avait été sorti des scellés, en direct à l’audience, un  tee-shirt blanc taché, portant les signatures des membres de l’équipe de foot Kunie, tee-shirt non répertorié à l'inventaire! Parmi les  interprétations possibles de cette anomalie, il avait été retenu celle favorable à l’Accusation: l'inventaire comportait un oubli  et le tee-shirt ne pouvait être que celui  celui d'Antoine! Depuis, les expertises ont été faites et aucune trace ADN d'Antoine n'a été retrouvée sur ce  tricot et, surtout, révélation du procès 2009, les gendarmes admettent que le sac soi-disant scellé était resté longtemps  ouvert, dans une pièce non fermée à clef de la gendarmerie ...

Quant à la bague que Frédéric K. prétend avoir vu au doigt  d'Antoine, avant la découverte du corps, la description qu'il en fait, un anneau "rehaussé" d'un diamant, correspond à celle que  Mika portait à certaines occasions, et ses parents émurent tout le monde, en 2007, quand ils apportèrent la photo de l'écrin, fermé, de cette bague... Cette année, on se demande enfin si l'anneau qui  enserre le doigt d'une jeune femme frêle, peut passer au doigt  d'un cultivateur kanak habitué à manier la barre à mine et l'incohérence des différents témoignages de Frédéric K. a été bien mise en évidence, par la Défense, mais aussi par la confrontation  organisée à la demande du Président avec un autre témoin, et par  la révélation de sa maladie psychiatrique qu'il fallait taire, en 2009, au nom du respect...

Ont été très importants sans doute les témoignages des compagnes d'Antoine le décrivant comme un homme calme, doux, qui, lors des disputes, préfère s'éloigner pour réfléchir, Et le  témoignage de celle qu'il avait soi-disant violée alors qu'elle avait 13 ans et lui 17, ce qui lui avait valu à l'époque 3 ans au Camp Est: celle-ci est venue cette année affirmer clairement et de toute évidence sans contrainte, qu'elle était consentante et qu'elle avait porté plainte sous la pression de ses  parents. La vision d'un homme en "rut", terme heureusement non  repris en 2009, qui ne supporterait pas 3 mois d'abstinence, alors que de nombreuses femmes rapportent que lors des coups de fête, elles ne se sont jamais senties en danger par les deux frères, ne tient décidément pas.

Ce qu'a apporté également  le procès en appel, ce sont les  conclusions de l'autopsie, commentée, en visioconférence, par le médecin légiste qui l'a réalisée. En 2007, il était malade, et  l'information, déterminante pourtant, avait pu être négligée: Les expertises entomologiques n'ayant pas été demandées par l'instruction, l'heure précise de la mort ne peut être connue, ni  même le jour! Or, l'accusation fixe le moment de la mort de Mika entre l'heure où ont été remarquées ses clefs au tableau de son gîte (le 2 mai, à 15h) et 17h 45, le moment où un seul des témoins se situant vers le rocher parmi tous les autres affirme avoir vu de la fumée et senti une odeur de chair brûlée, qu'il associe d'ailleurs plutôt à un cadavre d'animal puisque ce type de tâche lui incombe en tant qu'employé de la mairie. Il faut dire que c'est précisément dans ce créneau horaire qu'Antoine, interrogé 14 mois (!) après son arrestation, a longtemps hésité sur son emploi du  temps... Fixer l'heure du crime en fonction des "trous" à l'emploi du temps de l'accusé plutôt que dans le créneau proposé par le  Docteur Véran, voilà un des exploits du procès 2007, renouvelé en 2009, même après l'intervention claire et précise du médecin légiste.

Ce n'est pas tout. L'accusation, en 2007, posait comme principe que le crime avait eu lieu sur le rocher, qu’imaginer un lieu du crime différent du lieu de découverte du corps était pure fiction,· s'appuyant en cela sur le fait qu'il avait fallu plusieurs gendarmes pour descendre le corps déjà en décomposition ... et refusant d'admettre, que peu de temps après le décès, les conditions de transport pouvaient être bien différentes. Or, le Docteur Véran a affirmé lors du procès 2009, que cette hypothèse est non seulement plausible mais la plus probable, s'appuyant bien évidemment sur des observations précises et scientifiques et répondant avec grande clarté à toutes les questions posées...Envisager cette double intervention, d'abord du meurtrier, ensuite éventuellement de personnes voulant se débarrasser du corps, en faisant porter les soupçons sur les Konhu, n'est plus aussi farfelu qu'on a bien voulu le prétendre... Et bien d'autres schémas criminels sont alors plausibles!

C'est à cet exercice de fiction que se sont livrés les avocats de la Défense : trois autres "tragédies", inventées à partir des données de l'enquête et des témoignages crédibles nous sont alors  présentées, dans leur déroulement tout à fait vraisemblable ... Alors qu’en 2007 comme en 2009,  les autres pistes avaient été évacuées d'un revers de manche, et que seul le schéma criminel de l'Accusation restait en mémoire et faisait office de version officielle.

Nous ne reparlerons pas de l'insuffisance, de l’indigence, de l'enquête et de l’instruction, reconnue par tous, qui fera dire à l'Avocate de la Défense, parodiant l'Avocat général : "C'est parce qu'il n'y a pas de crime parfait qu'il y a des coupables  dans le box, c'est parce que l'enquête n'est pas parfaite qu'il y a des innocents dans le box!" . Ne parlons pas de leur partialité, menées uniquement "à charge" et non pas "à charge et à décharge" comme le veut la loi... : Cette partialité à elle seule suffit à jeter le doute quant à la culpabilité des accusés...

L'honneur de la Justice n'est pas de "couvrir" les erreurs de la machine judiciaire, mais bien de rendre Justice. Le meurtrier de Mika n'est pas arrêté. Mais mettre en prison sans preuve, sans témoin, sans aveu, contre toute vraisemblance, une personne qui ne cesse de dire "qu'il n'a rien à voir avec ça", c'est ajouter une victime à cette tragédie et cela ne peut apaiser la douleur d'avoir perdu dans des conditions atroces, son enfant.  Acquitter enfin l'accusé, c'est la décisionqu'ont pris, après avoir écouté dans le silence et le recueillement leur intime conviction  les jurés du procès en appel, dirigé par un Président dont le travail a été exemplaire.

C Delorieux.