Suivre le procès d'appel

Retour sur le procés d’assises en appel.
Procès qui a fait reconnaître le 28 Avril 2009 l’innocence d’Antoine et Dydime Konhu dans l’affaire de la disparition de la jeune touriste japonaise à l’Ile des Pins en 2002.

Qu’est-ce qui a changé et a permis ce verdict d’acquittement en faveur des deux accusés ? Enquêteurs, premiers experts, témoins, tous ou presque ont défilé à la barre en 2009 comme en 2007 pour défendre leurs convictions. Ils n’ont pas convaincu la Cour, contrairement au premier procès de 2007. Comme le  relève maître Henri Leclerc : «  Les convictions policières mènent aux convictions judiciaires et ce sont elles souvent qui sont à la base des erreurs judiciaires ».  Cette crainte de l’erreur judiciaire partagée par tous, y compris l’Avocat Général a été bien présente tout au long des débats et s’est surajouté à tous les changements intervenus depuis 2007.  

Au niveau de l’institution judiciaire d’abord, nous noterons l’arrivée à Nouméa entre les deux procés d’un nouveau procureure général, une femme pour la première fois nommée à ce poste élevé... On peut avancer aussi le fait qui n’échappe à personne que depuis 2007 des affaires médiatisées comme le procés de Laurent Vili se sont terminées par ce que la presse appelle «  des revers pour l’Accusation »’ . La Chancellerie a d’ailleurs diligenté une enquête toujours en cours sur les erreurs et manquements dans l’instruction d’affaires sensibles.  En ce mois d’Avril 2009 la Cour d’Assises d’Appel a été présidée par un Président, ancien juge d’instruction, qui a tenu les débats à un  niveau irréprochable de respect des accusés, des témoins et experts, en cela assisté par deux juges assesseurs vigilants, actifs et dans l’écoute permanente. Les jurés au nombre de 12, pour 9 au premier procés, comptaient  des membres représentatifs du pays : mélanésiens, océaniens, européens avec une nette prédominance de femmes : 9 sur 12 !  Gageons que cette Cour renouvelée avec ses citoyens-juges, dans le secret du huis clos des délibérations en 1h1/2 de délibérés a dû en toute honnêteté jouer le jeu judiciaire qui a mené à l’acquittement des frères. À nos yeux une telle attitude est  la fierté du système judiciaire français.  

Les avocats de la défense de leur côté ont bataillé dur, jour après jour, pour terminer par de belles et efficaces plaidoiries. Nous retiendrons l’envolée de maître Jean Jacques Deswartes sur la nécessité d’une instruction sans préjugés ni a priori, menée à charge et à décharge, sous la conduite d’un juge d’instruction irréprochable, homme clé nécessaire dans les premiers jours de l’enquête  et qui a fait si cruellement défaut dans cette affaire. En écho à la déclaration de l’Avocat Général « c’est parce qu’il n’y a pas de crime parfait qu’il y a des coupables dans le box des accusés ». maître Marie Laure Faucher répliquera «  C’est parce que l’enquête n’est pas parfaite qu’il y a des innocents dans le box des accusés !  » .  Quant à la présence de maître Jean-Yves Moyart spécialiste des affaires criminelles au Barreau de Lille elle aura ouvert les portes du Palais de Justice de Nouméa sur le monde. Les jeunes avocats en formation de pénaliste ont suivi le procés jour après jour sur le net, l’article « présumé innocent » sur  le site d’échanges et de réflexions de maître Mô a été lu 13351 fois  et a enregistré 845 commentaires. C’est dire si l’affaire a été suivie par ces épris de justice. Dans le même ordre d’idée l’effort d’information du Comité de Soutien aux frères Konhu commencé début 2008 avec la rédaction et la parution d’une brochure sur le premier procès, a aussi porté ses fruits avec des milliers de lecteurs sur Calédosphére, Geckonews et sur le site http://affairekonhu.com/  , avec aussi sur Face Book un nombre de membres qui dépasse les 570 « amis » à ce jour et continue à s’élever. La mobilisation de tous a été irremplaçable. Qu’ils en soient remerciés.  

Quant aux accusés eux-mêmes nous avons observé chez eux, une attitude nouvelle en particulier d’Antoine qui est sorti de sa « longue et silencieuse réserve », pour participer lui-même à sa défense. Un tournant salutaire dans une vie marquée par trop de drames et d’emprisonnements injustes.  

Venons en aux expertises qui ont cette fois mis en lumière le fait que la jeune femme n’a pas été violée, mettant à mal le schéma criminel identique de l’Accusation et de l’avocat des parties civiles de Décembre 2007.

La thèse d’un Antoine Konhu, violeur récidiviste, kanak « en rut », comme il avait été décrit, sous le prétexte démenti qu’en mai 2002, il n’avait plus depuis trois mois de petite amie attitrée, que ce psychopathe rendu furieux par un refus de faveur sexuelle, passe à l’acte tue et massacre, cette « hypo-thèse »  n’a aujourd’hui plus de consistance : la victime n’a pas été violée. L’ADN comme la tenue de la victime l’ont démontré sans doute possible. En outre, sa première compagne, la maman de l’enfant qu’ils ont eu encore adolescents l’un et l’autre, venue à la barre sans la moindre aménité à son égard, a affirmé « haut et clair » qu’elle n’avait jamais été violée par lui quand il avait 17 ans, qu’elle était à 13 ans consentante ! Exit l’image du violeur récidiviste ! Il paiera cependant cette accusation venant des parents de la jeune fille de trois ans d’emprisonnement. Ce n’est donc pas la première fois qu’Antoine est désigné coupable et envoyé en prison par les Kouathé. .. à Kunié, les rancunes entre clans sont tenaces, pour ne pas dire les haines ! En face de cela  toutes les femmes qui ont connu Antoine ont sans exception fait de lui le portrait d’un compagnon prévenant, inspirant confiance :  témoignage de toutes ses compagnes, l’actuelle et les anciennes, ses amies, toutes sans exception !  

Les indications données en visioconférence par le médecin légiste entendu pour la première fois, ont été précieuses : si la carbonisation du corps a sans doute été tentée sur le Rocher, les traces de sang minimes trouvées sur les lieux démontrent que le corps y a été amené, mais que le meurtre et les saignements abondants entraînés ont eu lieu ailleurs dans un endroit qui risque de rester à jamais inconnu. La théorie du feu réalisé « à la mélanésienne » comme pour préparer un bougna,   s’est avéré manquée du plus élémentaire bon sens, « il aurait au moins fallu deux stères de bois » dira l’expert en feux hydrocarbures et combustibles, pour réellement faire disparaître le corps. Et le légiste confirmera pleinement par l’analyse de l’état des tissus de la victime.  

Quant aux expertises des psychiatres et psychologues, observons seulement que les conclusions de trois d’entre eux ont été totalement invalidées. Ni Ambroise Konhu, ni Antoine Konhu, ne sont des psychopathes dans une île où déambulent en liberté  des hommes à la dangerosité certaine. Tel un véritable violeur que sa victime a désigné à la barre, violeur qui son forfait accompli il y a vingt ans sur la jeune employée qu’il a suivie de son  lieu de travail à sa case, donne 500 francs à sa victime pour qu’elle « ferme sa gueule », tel un exhibitionniste qui court nu sur la plage de Kuto. Tel un schizophrène stabilisé aujourd’hui par les « cachets » que son propre père « aurait tué s’il avait eu une arme à feu» dans les jours ayant suivi la découverte du cadavre, tel enfin un violent suicidé depuis, qui aux dires de celle qu’il a battue pendant des mois  et à qui il a fait voir la mort de près,   l’a menacé de la mettre en pièces et de l’immoler un  « jour de transe » !.    

La thèse de la preuve de la culpabilité d’Antoine défendue avec acharnement par l’avocat de la partie civile, basée sur  son absence d’emploi du temps au cours de l’après-midi où Mika Kusama a disparu,   a été surtout invalidée  par toutes les contradictions soulignées par les avocats de la défense et en tout premier lieu par le Président de la Cour d’assises. En effet que dire de ce chef des services techniques de la commune qui dira d’abord en 2007 que l’odeur de chair brûlée, il la sentira toute la nuit mais qui en avril 2009, ne se souvient l’avoir  senti qu’en passant en voiture sous la voûte des arbres ? Que dire de ces témoignages de trois jeunes femmes qui déclarent avoir vu Antoine le premier mai après avoir affirmé avec constance jusqu’en 2007 l’avoir vu le 2 Mai ? Que dire de ce témoin qui se présente ivre à la barre ? Et que dire encore de ce témoin fragile, schizophrène  qui a manifestement bien appris une leçon et prétend à la barre le jeudi avoir vu Antoine avec la bague et même les bagues de Mika au doigt ?  Ce précieux témoin de l’Accusation  qui  décrit un anneau rehaussé d’un diamant un jour, puis surmonté d’une horloge un autre jour, mais qui perd pied, bafouille et revient sur ses déclarations le lendemain vendredi dès qu’il est confronté à un autre témoin !  

Que penser sinon que les témoignages douteux remontent peut-être à 2002, 2003, 2005 et 2007 avant 2009 et que ce n’est pas avec ces témoignages que la Vérité peut être trouvée ?  Dans l’hystérie et l’enthousiasme d’être débarrassés de deux gêneurs, de deux rebelles, il ne fait guère de doute que faire des faux témoignages en 2002 relevait sans doute d’un exercice obligé. Mais après l’acquittement d’Ambroise en Déc 2007 et la sortie de prison d’Antoine en mai 2008, mieux vaut sans doute tenter piteusement désormais de se réconcilier avec les deux frères, auront sans aucun doute pensé certains. 

Après la reconnaissance de l’innocence des frères Konhu et la fin de ce long calvaire judiciaire nous disons que « c’est l’honneur de la Justice de dire le doute quand celui-ci existe ».  

Sept ans après les faits, Madame et Monsieur Kusama ne peuvent mettre aucun nom et aucun visage sur la personne qui a massacré leur fille. Mais dans une petite société comme celle de  l’Ile des Pins, malgré l’enfermement, et aussi quelquefois grâce à l’alcool qui certains soirs de fête coule plus que de raison, il ne fait guère de doute que les langues finiront par se délier, et que le mystère finira par être éclairci si l’institution judiciaire s’en donne les moyens et si par le renouvellement normal des cadres, de nouveaux enquêteurs ne lâchent pas la bride aux recherches qui doivent être poursuivies. Cette exigence citoyenne entre toutes demeure et persiste.

Gérard Sarda & Maryvonne Carpentier.