« Le procès des frères Konhu ». Un titre qui, au fil des ans alimente toujours la une de la presse écrite et télévisée en Nouvelle Calédonie. Un titre que, ni les alizés ni les cyclones n’ont déraciné. Un titre qui, à force de s’imposer interroge nos consciences.
« Le procès des frères Konhu » vogue aujourd’hui au-delà des mers à bord de la grande pirogue.
« Le procès des frères Konhu » ? Ici, chacun d’entre nous le situe ; c’est « le meurtre de la japonaise ».
Un lieu : un cadre idyllique, l’Ile des Pins, avec sa figure de proue le Rocher de Kanuméra. Une victime : une jeune touriste japonaise. Un coupable, des coupables ? On n’en sait trop rien. Un mobile : il n’y en a pas. Des aveux ? Ils sont inexistants. Des preuves matérielles ? Il n’y en a toujours pas.
Et pourtant la Justice en Nouvelle Calédonie a déclaré Antoine Konhu coupable du meurtre de Mika Kusama.
Pour ceux qui, par curiosité intellectuelle, par intérêt ou par nécessité ont assisté au procès, une première certitude s’impose : celle du doute. Le doute est là, persistant et dérangeant. Et, en droit français le doute doit bénéficier à l’accusé.
La Justice en Nouvelle Calédonie a fait fi de ce principe juridique élémentaire.
La seconde certitude acquise au cours du procès et reconnue unanimement par toutes les parties est que l’instruction a été indigne, bâclée.
Malgré cela la Justice en Nouvelle Calédonie est passée sur ce procès à la façon d’un bulldozer bousculant, écrasant et cassant tout sur son passage.
Bousculant les spécificités de langage du pays ainsi que certaines habitudes (un calédonien dira « j’ai menti » pour « je me suis trompé » ; il n’a pas la même notion de l’heure qu’un européen, il se réfère au soleil et non à une montre).
Ecrasant les témoins de sa morgue et de son mépris (les liens familiaux des calédoniens sont complexes et ne correspondent pas à la norme française : le terme de tonton n’équivaut pas forcément au terme d’oncle , il peut désigner simplement un membre de la famille élargie).
Cassant toute la foi que nous avions en elle alors que dans un passé pas si lointain, procureurs et magistrats attiraient encore le respect du peuple.
Pour une deuxième fois, les frères Konhu repasseront devant la Justice le 14 avril 2009. Et nous éprouvons une certaine crainte : celle d’être les spectateurs d’une erreur judiciaire qui se déroulerait sous nos yeux, sous nos cieux.
A l’heure où nous construisons pierre après pierre un nouveau chemin, où la France nous accompagne chaque jour dans cette tâche, nous ne voulons pas que la Justice soit la broyeuse de la plus belle matière qui soit et qui lui est confiée, celle de la race humaine.
Beaumarchais a écrit : »Après le bonheur de commander aux hommes, le plus grand honneur n’est-il pas de les juger ? ».
Nous espérons de toutes nos forces que la Justice prenne pleinement conscience de cet honneur qui lui est attribué. Qu’elle ne le malmène pas et qu’ensemble nous avancions, confiants et sereins sur la longue route d’un futur partagé dans le respect et la dignité.
Catherine Régent