POUR QUE LA VERITE SOIT ENFIN VERITABLEMENT RECHERCHEE DANS L’AFFAIRE DU MEURTRE DE MIKA KUSAMA, DONT LES DEUX FRERES KONHU RESTENT ACCUSES SANS PREUVE ALORS QU’ILS CLAMENT LEUR INNOCENCE DEPUIS TOUJOURS.
Alors que le procès des frères KONHU, accusés du meurtre de Mika KUSAMA, passe en appel aux Assises le 14 avril 2009, les personnalités soussignées ont décidé de faire connaître auparavant aux citoyens calédoniens la présente déclaration.
NOUS, SOUSSIGNES, DEPLORONS :
Le rejet, motivé par des raisons de coût, de la délocalisation du procès en appel (une garantie contre le risque de personnalisation), hors de la juridiction de Nouméa, contrairement à la règle appliquée en métropole qui veut que ce soit une Cour d’assises d’un autre ressort qui ait à juger en appel.
NOUS, SOUSSIGNES, RAPPELONS :
Les dysfonctionnements, défaillances et lacunes accumulés depuis la découverte du corps calciné de Mika Kusama, et ce dès le début de l’enquête de gendarmerie puis tout au long des trois premières années de l’instruction. Ces dysfonctionnements, défaillances et lacunes sont apparus criants aux observateurs attentifs du procès en décembre 2007. Les nombreuses erreurs d’appréciation en font aussi partie. Avoir laissé en jachère des pistes signalées, avoir exploité insuffisamment certaines autres, cela relève des mêmes dérèglements.
NOUS, SOUSSIGNES, NOUS INTERROGEONS :
Comment la «mauvaise image» des deux accusés, très antérieure au drame, sans parenté aucune avec celui-ci, et caricaturée à l’envi, a-t-elle pu autant orienter l’enquête, largement menée à charge, du premier magistrat instructeur ? Comment dans le contexte coutumier kanak dont les magistrats, d’origine européenne, ont une connaissance forcément réduite, comment dans un monde insulaire où les solidarités sont puissantes et les rancunes tenaces, des témoignages ont-ils pu être tantôt ignorés ou écartés, tantôt retenus, quand tous auraient dû l’être ?
Comment a–t-il été possible que des « visiteurs » aient découvert après coup sur les lieux, ces pierres ensanglantées qui seront ensuite présentées comme les « armes du crime », alors que les recherches des professionnels - les gendarmes - n’avaient rien donné ? Pourquoi l'endroit où a été retrouvé ou transporté le corps de la malheureuse victime n’a-t-il pas été rigoureusement interdit d’accès pendant un temps suffisant ?
Pourquoi les examens entomologique et géologique, qui auraient permis de déterminer l’heure et le lieu du décès, n’ont-ils pas été effectués ? Alors que sans ces examens, le moment de la mort est resté et reste indéterminé à 36 heures près, comment a-t-on bien pu prendre prétexte d’un trou de mémoire d’une heure dans l’emploi du temps demandé à Antoine Konhu … 5 ans après le drame, pour en faire un indice probant de culpabilité ?
Comment peut-on tout à coup brandir sous les yeux des jurés, un tee-shirt qui, s’il a été conservé sous-scellés pendant six ans, n’a cependant été ni répertorié, ni soumis-avant le premier procès-à examens et analyses de la part du laboratoire de la gendarmerie nationale, puis oser en faire un élément probant de la culpabilité d’Antoine Konhu ? Le même scenario sera-t-il renouvelé au procès en appel alors que depuis, les investigations scientifiques ont été menées, et n’ont révélé ni ADN ni sang correspondant à Antoine Konhu, lequel a toujours nié que ce tee-shirt lui ait appartenu ? Et que penser d’un raisonnement de mauvais roman policier consistant à déduire que le propriétaire d’un lieu non clôturé où un cadavre est retrouvé, est fatalement un criminel ?
NOUS, SOUSSIGNES, ALERTONS :
La légitimité de toute décision de justice repose sur l’indépendance absolue de l’institution judiciaire par rapport aux préjugés sociétaux, ou à l’opinion publique, et les parents de Mika Kusama comme la famille d’Antoine Konhu méritent que la vérité soit recherchée avec davantage de rigueur que cela n’a été le cas jusqu’à la fin du premier procès. Aucun discrédit ne saurait planer sur l’institution judiciaire sans menace pour la société, pour l’Etat et les citoyens au nom desquels la justice est rendue.
L’exercice de l’intime conviction suppose une appréciation raisonnée des éléments à charge et à décharge. Les jurés savent qu’il n’est pas demandé au juge de justifier comment il s’est forgé une certitude à partir des preuves réelles dont il dispose, et accomplissent leur mission avec courage et intégrité .Comment ne seraient ils pas tourmentés quand ils entendent l’avocat de la partie civile déclarer que l’intime conviction pourrait se passer de preuve réelle tangible pour faire condamner un homme ? Quand un homme doit être privé de liberté, le jugement rendu ne saurait reposer sur d’autre considération que la preuve. Il est, sinon, entaché d’arbitraire.
C’EST POURQUOI NOUS, SOUSSIGNES, DEMANDONS SOLENNELLEMENT :
Qu’un effort déterminant de circonspection et de discernement soit entrepris lors du procès en appel qui s’ouvre à Nouméa le 14 avril, que la justice, apporte une attention égale à tous les témoignages, et sache se prémunir avec humilité du risque gravissime d’une erreur judiciaire.
Qu’on reconnaisse qu’une invraisemblable accumulation de problèmes a empêché une sereine administration de la justice, sans qu’il faille, comme pour la débâcle judiciaire d'Outreau, aller jusqu'à obtenir la constitution d’une commission d’enquête parlementaire.
Et qu’enfin soit respecté le principe de la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable, inscrits dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
La déclaration citoyenne pour la justice dans l’affaire du jugement des frères Konhu a été adoptée par:
Elie Poigoune (président de la LDH)
Zongo Etienne (directeur retraité de l’enseignement catholique)
Tell Eurimindia (pasteur et secrétaire général retraité de l’Eglise Evangélique)