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RetourDr Jacques-Yves LANGLET, médecin de brousse

illustrationLe juge fait son travail, tout comme je fais mon travail de médecin, à partir des données qui nous sont offertes. Encore faut-il que ces données soient exactes. Si je ne comprends pas ce que dit mon patient, ou pire, s’il se tait, j’ai peu de chance d’aboutir à un diagnostic précis et vrai.

S’ajoute à cela, que mon expression française n’est pas obligatoirement perçue par une personne issue d’une autre culture, même si la langue française est le véhicule commun qui nous permet de converser.
Médecin de brousse depuis 2001 (nord de la grande terre et Iles Loyautés), attentif à ce que chaque patient kanak , qui parle le français, ait bien compris ce que je lui explique, j’ai vite assimilé qu’il y avait souvent un précipice entre mes bonnes intentions et les résultats attendus.

Pourquoi?

Culturellement, peu ou pas de questions, de demandes d’explications, sont posées, faites aux soignants, même si rien de nos explications prétendues claires n’a été décrypté.

Conséquence: malgré la bonne volonté de chacun pour assurer la guérison, les nombreuses incompréhensions rendent caduques les conseils de prévention, l’efficacité des traitements …..

Le problème est encore plus profond car il touche à la linguistique.

J’ai perçu dans de nombreuses langues kanak, l’absence de passé et de futur, tout est dit au présent. Essayez donc pour voir de dire à vos proches tout ce que vous avez à dire au présent! Vous aurez assurément l’impression d’un super embouteillage Centre Ville aux heures de pointe. Et que dire du temps qui passe pour une personne de culture kanak.

Nos structures mentales à la française sont telles que rares sont les personnes qui vivent sans une montre au poignet.

Dans la culture kanak, il y a une expression qui évoque le temps: « à demain ». Le «métro» qui s’attend à revoir son interlocuteur le lendemain est dans un premier temps très déçu. Pas trop longtemps, s’il fait l’effort de comprendre que demain n’est pas dans 24 heures, c’est un «son» qui veut dire plus tard, dans un jour, dans un an, dans dix ans ou tout aussi bien espère vous revoir.

Comprendre l’expression du peuple kanak, c’est prendre son temps, dire et redire les choses afin de sculpter le mot, la phrase … Se conduire en professionnel pressé sans comprendre cela, peut créer, une ou des erreurs grossières et/ ou fatales.

Dans le procès de monsieur KONHU, la précipitation, les incohérences, le travail d’investigation non fait, les aberrations multiples, ne vont pas échapper à l’intelligence du juge, et la justice doit passer, évitant la honte d’une erreur judiciaire et le malheur qui tombe sur un innocent.

De plus, la société doit à la mémoire de mademoiselle Mika KUSAMA, la vérité sur son destin tragique. Elle ne peut se contenter d’un procès hâtif sur fond de suspicions infondées.

Il reste que la présence d’un professionnel de la traduction culturelle, interface entre deux modes de pensée et donc deux modes d’expression et de compréhension, devrait être obligatoire.

Ici, les mêmes mots, dans la même langue ne signifient pas nécessairement les mêmes concepts.

Je reste, observateur attentif, à l’écoute, confiant dans la Justice, pour l’Honneur retrouvé de monsieur KONHU.

Dr Jacques-Yves LANGLET