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RetourPour le triomphe de la présomption d’innocence

En 2007, 2008 et maintenant en Avril 2009 après de longues procédures judiciaires, pour des faits qui remontent à 2002, des affaires « hors norme », « spéciale », se retrouvent devant la Cour d’Assises de Nouméa.

Avril 2008 : premier procès pour Laurent Vili, Décembre 2008 : procés en appel. Par deux fois, les jurés populaires ont eu à trancher sur la mort suite à une blessure par balle de JM Goyetta en février 2002 dans le cadre des « évènements » de l’Ave Maria à la tribu de Saint-Louis.

Décembre 2007 : premier procés pour Antoine et Ambroise Konhu, à partir du 14 Avril 2009 : procès en appel. Les jurés auront à juger de la mort inexpliquée d’une jeune touriste japonaise Mika Kusama, à l’Ile Des Pins en mai 2002.

Deux instructions bâclées, incomplètes, incohérentes… Et l’arrestation de deux présumés meurtriers, longuement en détention provisoire, en attente d’un procès juste : Laurent Vili,  aujourd’hui définitivement acquitté (1 an de détention pour rien donc), et les frères Konhu, Dydime (là, 2 ans de prison pour rien …) et Antoine (allons-y pour 3 ans), le premier acquitté, et le second, Antoine déclaré coupable, sans preuve aucune, a fait appel de sa condamnation à une peine d’emprisonnement pour 15 ans…

Illustration1) À l’Ile Des Pins, comme à Saint Louis : des enjeux qui dépassent les accusés.

D’un côté, la touriste japonaise assassinée, représente une communauté considérée par beaucoup comme essentielle à la vie économique de l’Ile Des Pins, alors que, de l’autre, la communauté de la tribu de Saint Louis à laquelle appartient la victime, est au cœur d’éléments douloureux et de tensions interethniques.

D’un côté, à Saint Louis, des évènements qui mobilisent un maximum de forces de police et de gendarmerie, mais sans qu’elles interviennent pour favoriser le rétablissement de l’ordre entre des bandes armées, de l’autre : une équipe de gendarmes réduite au minimum à L’île des Pins, donc à l’inefficacité dans l’enquête.

Mais aussi, des deux côtés, beaucoup d’intérêts souterrains en jeu, des problèmes de foncier et de pouvoir dont on ne parle pas ouvertement : les projecteurs sont braqués sur les acteurs, auteurs présumés ou victimes …

Dans les deux affaires, «il fallait un coupable » qui « serait la victime expiatoire (…) Sacrifiée sur l’autel de la sécurité publique en Nouvelle-Calédonie ’ … » : l’avocat de Laurent Vili, maître De Greslan le déclare avec force pour son client, mais c’est à l’évidence le même rôle qu’on impose à Antoine, défendu par maître Deswartes.

À Nouméa devant les juges, les désignés coupables sont des membres de clan soudés, des fils, des frères, soutenus par leur famille. Mais d’un côté, il y a Laurent, un « gentil garçon qui tenait un fusil »,  bien  vêtu selon les critères européens, un « modèle pour les jeunes de sa communauté », il est bien intégré, que ce soit à Montpellier ou en Nouvelle-Calédonie, et, comme l’estime le Ministère Public, on ne renvoie pas en prison, tant d’années après les faits, quelqu’un qui a « reconstruit sa vie ». Et, de l’autre côté, il y a Antoine, dont le clan est tenu à l’écart sur son île, parce qu’il a une autre vision du développement touristique. C’est un homme qui, bien qu’assumant son rôle de père, et de membre de sa communauté en cultivant et pêchant pour elle, porte, à l’époque, des locks, boit et fume et n’est pas dans le circuit économique dominant… Il se considère spoliée de ses terres, revendique ses droits, son mode de vie, et sa culture.

2) Dans un cas comme dans l’autre, l’instruction n’a pas permis d’avancer sur la voie de la vérité, et l’on a envoyé devant les jurés populaires, des affaires difficiles à juger, sans preuves matérielles irréfutables mises en lumière dans les enquêtes préalables.

Laurent Vili qui est suspecté suite à des conversations téléphoniques, qui se disait être sûr à 90% d’être coupable, qui portait un fusil du même calibre que les balles retrouvées dans le corps de Jean Marie Goyetta, qui admet être sur les lieux, en train de monter la garde et avoir tiré sur un homme au moment où tombe Jean-Marie…. 10% de doute pour son innocence, et quelques faits troublants : son arme qui disparait en août juste après son arrestation, le rapport du chirurgien qui a extrait la balle jamais versée au dossier : c’est par hasard que l’expert en balistique en a été informé et qu’une autopsie est alors effectuée, 18 mois plus tard, pour le confirmer …

Antoine Konhu, désigné immédiatement coupable par l’Autorité en place, lui qui a toujours affirmé ne « rien avoir à voir  » avec le meurtre dont on l’accuse, meurtre dont personne ne sait avec certitude, et précision le jour, l’heure, le lieu, où il a été commis. Aucune trace ADN d’Antoine sur la victime et sur les pierres dont on pense qu’elles sont l’arme du crime. Il est désigné coupable parce que le corps est retrouvé sur le rocher de Kanuméra appartenant à son clan : le lieu de découverte est déclaré lieu du crime sans que rien de sérieux ne le prouve. Et l’heure du crime est décrétée en fonction du moment où Antoine a « un trou à son emploi du temps » ! : Cultivateur sans montre, vivant en tribu, il a donné deux versions différentes de son « emploi du temps » et il a fallu une écoute attentive de ses propres avocats, et la comparution de témoins de « dernière heure » pour confirmer la version qui le situe à Vao, à 7 km du rocher …

Constater que des pistes ont été inexplorées, des défaillances regrettables et répétées dans les enquêtes initiales et dans l’instruction ce n’est pas un exercice de style «  une habitude des avocats calédoniens ». C’est relever des dysfonctionnements qui inquiètent les justiciables que nous sommes, toutes ethnies confondues.

3) Dans les deux procès : des témoins déterminants à la barre.

Entendus les derniers jours de procès, à la demande de la Défense d’Antoine, les « témoins de la dernière heure » seront accusés de mentir. L’avocat de la Partie Civile parlera même de complot de la famille de l’accusé, ce même avocat qui, cette fois du côté de la Défense dans le procès Vili, produira à son tour une vingtaine de témoins, au dernier moment là aussi, sans craindre de se faire suspecter de complot ! Or, c’est le témoignage de deux d’entre eux qui sera décisif : ils ont vu un « mec en bleu », avant le tir fatal à JM Goyetta, ils le situent au même endroit d’où semble être provenu le tir selon le témoignage de l’oncle de la victime. … Aucun des deux témoins providentiels n’affirme cependant savoir si ce « mec en bleu » a tiré, et les experts et le médecin légiste disent qu’il « n’y a pas d’incompatibilité matérielle avec le poste de tir de M. Vili » …

Le doute est permis, et, comme il est légitime en Droit Français, il doit bénéficier à l’accusé : c’est chose faite pour Laurent Vili depuis Avril 2008. Qu’en sera-t-il en Avril 2009 pour Antoine et Dydime Konhu ?

Claudie Delorieux et Maryvonne Carpentier