« Ce qui conduit à une possible erreur judiciaire c’est une enquête policière qui manque de rigueur et qui est conduite à charge.»
Cette analyse d’une ancienne Ministre de la Justice peut parfaitement s’appliquer à l’affaire Kohnu et aux tragiques lacunes de son instruction : qu’il s’agisse du jour, de l’heure, du lieu du crime, aucune preuve n’a été apportée par l’enquête.
L’heure du crime : incertitudes et petits arrangements avec le doute.
Comment a été fixée l'heure du crime présentée aux jurés : en fonction de faits réels, tangibles et vérifiés ou du fameux « trou à l'emploi du temps » du coupable désigné ?
Mika, vers midi, a mangé son sandwich au bord de la piscine du gîte où elle a loué une chambre, dans laquelle elle s’est ensuite retirée. Jusqu’à quelle heure ?
Nul ne le sait précisément !
Mais comme la propriétaire du gîte a remarqué la présence de la clef de Mika au tableau vers 15 heures. Eh bien on retient cette heure-là : 15 heures.
Et ça aura l’apparence d’une certitude !
Le médecin légiste qui examine le corps le mardi 7 dit que la mort a dû avoir lieu entre le moment où Mika a disparu et le vendredi 3 au soir car « La constatation de phénomènes de décomposition avancée nous permet de dire que le corps a pu séjourner environ trois jours en atmosphère humide et chaude ». Il se garde bien de prétendre qu'elle serait morte le jeudi 2, entre 15h et 17h, d'autant plus que l'examen entomologique n'a pas été fait, le seul qui aurait pu resserrer la marge d'incertitude!
On retient ce jour-là : le jeudi 2.
Un vigilant du Kou Bugny dira avoir « senti une odeur » dans la nuit de vendredi, témoignage escamoté !
Un témoin cité par l'accusation dit « avoir vu du feu sur le rocher - avoir senti une odeur de fumée et de chair calcinée aux abords du rocher » le jeudi 2, vers 17H45, témoignage retenu. !
Donc, voilà l'heure du crime…
Et on ne continue pas à chercher ailleurs : le jour et l’heure du crime, on les a ! le meurtrier, on le tient !
Contradictions, doutes, incertitudes.
Avec obstination pendant de longues heures, durant l’Audience, on va interroger les accusés et les témoins sur ce jour et cette heure-là, contredisant les conclusions du médecin assermenté et choisissant entre des témoignages discordants, l’un plutôt que l’autre. En délaissant tous les autres jours et créneaux horaires possibles.