Aucune certitude sur le lieu du crime

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Aucune certitude sur le lieu du crime

Le Rocher de Kanuméra : scène du crime ?

Le rocher la nuitPour que le rocher soit la scène du crime, d'abord, il faut inciter Mika à monter sur ce rocher, stipulé interdit sur les guides touristiques et sur la pancarte en bas des escaliers qui y mènent. Mika est une jeune femme respectueuse des règles, ce n'est envisageable qu'avec le propriétaire des lieux ou avec quelqu’un qui s’arroge ce titre, ce qu’elle n’a pas le moyen de vérifier. Antoine, que l’Accusation se plait à décrire comme taciturne, d’aspect peu engageant avec ses locks, avait en plus la « gueule de bois » de la veille. Pas vraiment le style à inspirer confiance à une jeune touriste japonaise seule !

Si le crime a eu lieu sur le rocher, il devrait y avoir du sang sur le sol, nécessairement. Car le crime a été particulièrement violent : le visage a été massacré par « un objet pesant et de forme irrégulière », le thorax écrasé, les blessures ont donc nécessairement beaucoup saigné. Et le dos de la jeune femme forcément à terre sur du corail coupant, ne peut que porter des traces ... Or, le dos est indemne et aucune trace de sang, infiltrée ou en surface, n'a été relevée par le technicien de l'Identification Criminelle.

On rétorque qu’il a plu à l'Ile des Pins : 65 cm d'eau relevés le 7 mai à 7 heures - 158 cm tombés entre le 2 et le 10 mai. Les relevés ont été effectués par les services météos sur le plateau à côté de l’aérodrome : ils ne mesurent pas  les précipitations tombées sur le rocher à 10km  de là.

Soyons logiques : ou bien le Rocher a lui aussi reçu ces grandes quantités de pluie et le sol a été effectivement complètement délavé, c’est pourquoi on ne retrouve pas de trace de sang sur le sol, mais alors, comment expliquer que les mégots et le linge retrouvés dans le trou à peine recouvert de branchages ne soient pas mouillés ? (avant de les mettre sous scellés, l'enquêteur à peine a-t-il eu besoin de les aérer.) Ou bien, il a moins plu sur la baie et alors il est normal que les effets de Mika et ses deux mégots de cigarette retirés du trou soient si peu humides. Mais comment se fait-il alors qu’on ne retrouve pas des mares de sang sur le présumé lieu du crime, malgré les inévitables infiltrations ?

Seul un cadavre ne saigne pas, même si on lui inflige des blessures…

Cela conduit à examiner sans à priori la seconde hypothèse : la mise en scène.

Le Rocher de Kanuméra : lieu de mise en scène ?
   C'est seulement le vendredi 10 mai, après trois fouilles du rocher, dont les deux dernières sont qualifiées de « ratissages méticuleux », que les enquêteurs, guidés par des petits bouquets de fleurs déposés à ses pieds, repèrent un pandanus, voisin du lieu où a été découvert le corps. Ils examinent enfin les racines égratignées de ce pandanus et deux grosses pierres tachées de sang qu'un Kunié a, entre temps, signalées à la gendarmerie. Le sang sur les deux pierres présente des traces ADN de Mika, ainsi que les cheveux accrochés aux racines du pandanus. Ce qui est étonnant, c’est que  les gendarmes confirment qu’ils n’ont parlé à personne de la découverte le mardi matin des objets de la jeune japonaise, trouvés dans le trou. Or il est relevé dans les procès-verbaux d’audition de certains kuniés, que ceux-ci se sont recueillis le mardi après-midi devant le trou où se trouvaient les affaires…

Autre fait troublant : Le site, qui n'a pas été gardé, rappelons-le, a reçu de nombreuses visites "spontanées" comme en témoignent les bouquets de fleurs, mais les deux pierres, désormais considérées comme les instruments du crime, n'ont pas été vues lors des ratissages  du mardi 7 mai. Elles portent des taches de sang, contrairement au sol, sur lequel, répétons-le,  on n’a relevé, aucune trace des importants saignements que n'ont pas manqué de provoquer les blessures infligées à la victime…
 
Oui, il est légitime de douter que le rocher soit le lieu de la mort de Mika, la seule certitude, c’est que son corps y a été retrouvé.

Le meurtrier, seul ou aidé par des amis, a pu déplacer le corps sur le rocher des Kohnu, détournant ainsi sur eux les soupçons. Prétendre qu'il est difficile de porter une personne, de la taille  de Mika, ne tient pas. On place dans le trou, après que le cadavre ait été déposé sur le sol, les effets de Mika, dont les mégots de cigarettes : ces deux mégots intacts malgré les pluies ont pu avoir été fumés ailleurs, car les touristes japonais jettent rarement leurs mégots par terre, et les gardent dans leur poche, leur sac, afin de les jeter plus tard, à l’hôtel ...

Le représentant du Ministère public ne retient qu’une seule hypothèse, celle de l’avocat de la partie Civile. Pourquoi ?

Cette seconde hypothèse de la mise en scène élaborée est rejetée vivement par l'Avocat de la Partie Civile, qui, lui, a choisi la première hypothèse et le «  ménage » fait par le meurtrier sur la prétendue scène de crime.  « Un complot ! Mais vous vous fichez de nous ! ». Protester n’est pas argumenter.

L'Avocat Général rejette  tout aussi vivement cette possibilité, mais tente, lui, d'argumenter, « un complot contre les Kohnu ? Mais les clans ont  de bonnes relations! Et ils sont famille ! Et s'il y avait complot, ça se saurait! On en aurait entendu parler!   Des conflits fonciers ? La volonté d'un clan de s'opposer à un autre ? Est en jeu le poste de petit chef ? Est-ce qu'on peut organiser une telle mise en scène pour des questions qui sont si terre à terre ? »

Cette protestation pleine de candeur de la part du magistrat témoigne de sa non prise en compte de la culture kanak : la Terre, ce n'est pas "terre-à-terre" dans le monde kanak.  Elle offense aussi notre intelligence : personne ne prétend qu’il y a eu crime pour des questions de rivalité clanique. Mais comment ne pas relever que les seules personnes mises en cause dans l’Instruction  appartiennent au seul clan Kohnu ?

Qu’il s’agisse d’un crime, ou d’un accident maquillé en crime sexuel, le  déplacement du corps sur le rocher, le maquillage des brûlures en rite sacrificiel, conduisent à penser que c'est pour faire porter les soupçons sur les frères Kohnu, les empêcheurs de faire du développement tous azimuts , et là, ce ne sont pas des petites questions terre à terre, mais de gros intérêts financiers qui sont en jeu .

Que l'avocat général, le représentant du Ministère Public, expédie d'un revers de manche toute investigation  dans ces directions, voilà qui laisse pantois et n’est pas rassurant pour les justiciables que nous sommes