«Je croyais repartir ce soir entre mes deux frères », c’est ce que dit du fond du cœur une sœur d’Ambroise et Antoine Kohnu en retenant ses larmes au sortir du Palais de Justice de Nouméa le 12 Décembre 2007.
Cette parole suit celle des vieux dans une coutume d’au revoir, habituelle lorsqu’on se sépare après avoir vécu des moments forts en tribu, mais tellement surprenante devant le Tribunal à Nouméa.
On ne dira jamais assez la grande dignité des familles kanak dans l’épreuve, la beauté de la parole qui apaise, soude, console et fait partager le maigre espoir. On saluera cette capacité à trouver les mots qui donnent le courage de continuer à vivre, le courage de reprendre la lutte pour la reconnaissance de droits une fois de plus bafoués. On s’inclinera devant le silence attentif, la gravité des visages, la réserve dans l’attitude, ces qualités humaines palpables tout au long du procès, également partagés par les parents de Mika et les proches d’Antoine et Dydime .
Par ce geste, la famille Kohnu tout entière remercie ceux et celles qui ont donné leur temps et apporté leur soutien tout au long des s quinze douloureux jours de procès d’Assises qui n’auront pas permis de faire éclater la vérité, gardée secrète par « ceux qui savent à l’Ile des Pins » .
Lors de leur arrestation, le 7 Mai 2002 Ambroise et Antoine ont clamé leur innocence avec leurs mots : « nous n’avons rien à voir avec ça » : « Ça » c’est la mort inexpliquée de Mika Kusama, c’est la mise en scène macabre de son corps exposé sur le rocher de Kanuméra, leur rocher ! « Ça » c’est un enchaînement de faits, un schéma criminel selon les termes des spécialistes du droit pénal, qui n’aura pas été découvert quoique prétende l’avocat de la partie civile.
Six ans après les faits, le mystère de la mort de la jeune japonaise reste entier. Qu’a-t-elle fait le jeudi 2 Mai dans l’après-midi ? Quelle promenade a -t’elle entreprise ? Qui a-t-elle rencontré pendant cette fin de journée ? Quand et où est-elle morte ? Comment et pourquoi son périple s’est-il arrêté à l’île des Pins ?
On ne peut toujours pas répondre à ces questions après un procès mené par une institution judiciaire qui ose justifier ses manquements sous le prétexte habile que le pays était début 2002 une poudrière qui explosait de plusieurs côtés en même temps et mobilisait toutes les forces de gendarmerie pour maintenir l’ordre.
En décembre 2007 avec une instruction menée principalement à charge, des carences dans les constatations techniques, des expertises non réalisées, des témoins non-entendus dans l’enquête, le doute n’a pas bénéficié à Antoine Kohnu. Au mépris du principe de droit que rappelle avec force Maître Deswartes « ce n’est pas à l’innocent de faire la preuve de son innocence ». et malgré tous les efforts des avocats de la Défense qui ont oeuvré avec toute leur probité et leur grand professionnalisme pour que justice soit rendue quelles que soient les chausse-trappes accumulées sous leurs pieds.
Le Comité de soutien à Antoine Konhu se donne comme objectif de faire respecter les Droits de l’Homme dans « le pays du non-dit » qui doit devenir celui de l’honneur et la liberté retrouvée pour Antoine Kohnu.