Les portes à peine ouvertes, sitôt refermées pendant l’enquête et au procés …
Alors que l’enquête est orientée à charge très rapidement vers la culpabilité des frères Konhu, aucune investigation n’est menée sur la présence de touristes en ce long week-end de Mai 2002 pas plus que sur les 86 militaires en repos au Centre Familial Interarmées (CFI) de l’Ile des Pins du 26 avril au 3 mai 2002.
Aucun relevé des listes de visiteurs venus par air ou par mer et même des résidents dans les gîtes et hôtels.
Seront seulement cotées au dossier d’instruction : la liste des militaires, la liste de ceux qui ont pris leur repas du soir au gîte le jeudi 2 mai, et la note interne transmise à chacun d’eux à son arrivée sur l’Ile. Pour justifier ces lacunes, les enquêteurs se retrancheront derrière la note interne du CFI qui mentionne en page 3 : « interdiction de monter sur le rocher ». Le raisonnement des enquêteurs est le suivant : puisque l’interdiction de monter sur le rocher est clairement posée dans la note interne, aucun militaire n’a pu monter sur le rocher. …
Et pourtant :
Le Jeudi 2 mai, jour de la disparition de Mika Kusama, c’était la dernière journée de vacances des militaires en repos : d’après la liste des repas pris le soir au centre des armées, 41 d’entre eux ont dîné hors du centre. On sait par ailleurs que certains avaient commandé 2 bougnas qu’ils ont dégustés au lieu-dit Kunieka car il y avait trop de vent sur la plage. On sait également que certains recherchaient du cannabis et des femmes…
Les seules investigations qui seront menées à l’initiative du Président de la Cour d’Assises sont un rapprochement de la liste des 86 militaires des fichiers Judex et FAIS (Fichier des Auteurs d’Infractions sexuelles) : 6 noms sortiront pour avoir été condamnés pour violences volontaires ou infractions à la législation sur les stupéfiants. Un message sera également adressé par messagerie intranet à l’autorité militaire du 8ème RA de Commercy (55) pour savoir si certains membres ayant séjourné à l’Ile des Pins avaient pu donner lieu à des signalements particuliers : ce message est resté sans réponse…
Et pourtant :
Le 5 mai, soit la veille de la découverte du corps de Mika, une employée du gîte Kuberka, celle qui avait servi un sandwich à Mika le jeudi midi au bord de la piscine est affirmative : elle a reconnu la jeune japonaise le jeudi 2 mai vers 15H30 à proximité du gîte sur le bord de la route « accompagnée d’un homme de type européen qui lui donnait la main’ .
Une personne, qui travaillait le 2 mai 2002 au service de restauration du Centre familial inter armées , déclarera avoir vu passer entre 13H30 et 14H00 un couple formé d’une japonaise et d’un homme blanc sur le chemin reliant le CFI à la station-service : la japonaise – décrit-elle – était mince, cheveux noirs, sans lunettes ; elle portait un petit sac avec une lanière, pendu à son épaule et tenait une bière de marque « Kronembourg » à la main. L’homme mesurait environ 1,75 m, était jeune, pas très musclé, portait des lunettes de soleil noires et des « cheveux noirs grisonnants coupés à la militaire », et tenait une boîte de bière « Number one » à la main. Pour mémoire, 2 boîtes de bière « Number one » et « Kronembourg » ont été retrouvées dans le trou sur le rocher avec les effets de la victime…
Un témoin effectuait le matin du 2 mai 2002 des livraisons de fuel entre le bateau le Lady Géraldine et la station Enercal ; il atteste avoir vu entre 8H30 et 10H00, devant le gîte Nataiwach, un couple : une japonaise avec « une robe jaune, cheveux courts, en compagnie d’un homme de type européen ».
Quant à l’anniversaire, fêté le jeudi soir sur une baie proche : « le barbecue secret » évoqué par des témoins à la barre, quelle enquête a mené la gendarmerie en 2002 ? Combien de personnes participantes ou voisines ont été entendues ?
Une porte pas même entrebâillée !