A défaut de preuves qu'en est-il des témoignages : recueilis ou ignorés pendant l'enquête à l'IDP ? De l’impossibilité de parler aux enquêteurs ou pourquoi tant de choses enfouies dans le silence pendant l’instruction ?
D’abord parce que les Kuniés avant de se sentir citoyens et justiciables sont kanak et donc tout naturellement, vont aller confier ce qu'ils savent, ce qu'ils ont vu, à un autre des leurs, et non pas à la gendarmerie. Abo Konhu, rappelé à la barre en cours de procès, l'affirme avec force: " Ils sont venus, à l'annonce de la découverte du corps, me parler de ce qu'ils savaient et moi, j'ai donné leurs noms à la gendarmerie ! Et j'ai attendu : à l'époque je faisais encore confiance à la justice. Mais rien n'a été fait! Ils n'ont pas été appelés. A partir de là, j'ai gardé pour moi et j'ai attendu ..."
Et là, c'est l'insuffisance de l'instruction qui est pointée du doigt, les négligences, volontaires ou non et l’explication de la convocation à la barre par la Défense de témoins non entendus dans l’enquête : ces « témoins de la dernière heure » « sortis du chapeau de la Défense » aux dépositions à décharge balayées d’un revers de manche.
Ce qui empêche également de franchir le seuil de la gendarmerie, c’est le fait qu’on révélait en cours d'audition ce qu'avait dit un témoin précédent : « Toute la population était contre nous», « J'avais peur, il y avait trop de personnes, la vie à l’Ile des Pins est très compliquée»... A la gendarmerie, on ne tient pas compte, volontairement ou non, des rivalités, du clivage entre les membres de la communauté Kunié, et de la peur de s'opposer à l'autorité en place qui a, d'emblée, désigné les frères Konhu coupables.
Et les fuites volontaires ou non pendant l’enquête en cours scellent les bouches de ceux qui savent qu'Antoine n'est pour rien dans cette affaire, et de ceux qui savent quelle personne pourrait y être pour quelque chose ...